Dans son état actuel, la parfumerie a besoin d’un changement profond dans ses structures, à toutes les échelles et avec tous les acteurs de la « bulle » qui ne fait que de s’amplifier.
Le parfum s’est aujourd’hui arrêté sur un sent-bon, un peu comme ce que l’on dénonçait déjà auparavant, mais c’est un problème quasi-commun à tous les arts au final, c’est-à-dire la superficie, des constantes « inspirations » qui ne sont que des calques personnels de ce qui a déjà été fait dans le passé, mais bien même que cela est commun à tout art, qui allie technique et imaginaire, la parfumerie est un art olfactif qui est menacé par une capitalisation et une industrialisation grandissante.
C’est bien là qu’il est d’abord important de distinguer la parfumerie dite « commerciale » de la parfumerie « de niche », au coeur de notre sujet : la première cherche bien évidemment à etre la plus rentable, et si elle est tant commercialisée c’est parce qu’elle doit chercher à plaire au plus grand nombre, mais derrière le jus et le flacon de grandes marques, souvent de couture, vous ne payez principalement que la publicité de votre parfum. Tout simplement si la parfumerie commerciale est ce qu’elle est c’est parce qu’il y a des consommateurs derrière qui achètent le produit. Et pourtant le flou d’aujourd’hui dans la parfumerie indistinctement de ses sous-ensembles et catégories, c’est de se demander si un parfum dit « commercial » ou « mainstream » n’est-il peut-être pas meilleur qu’un parfum « de niche », censé être tant travaillé et si qualitatif.
Il n’est pas mauvais de se poser cette question puisque des grandes maisons de couture font souvent recours à des nez reconnus dans les parfums de niche et inversement. Néanmoins, petit bémol, comment la marque veut-elle axé sa nouvelle sortie et comment souhaite-elle le faire ? Et c’est bien là le souci de la parfumerie de niche aujourd’hui, car ce sont les questions que CERTAINES marques de niche se posent, et c’est assez problématique
On court après l’argent, mais on oublie la vraie identité de la parfumerie de niche, voire parfois, et c’est dommage, de la marque qui sort « le produit ».
Et puis finalement, si on colle un récit à une senteur ça marche non ? Le parfum est ainsi complètement effacé au profit d’un petit paragraphe soulignant à quel point le nez n’avait pas une grande inspiration par quelque chose de flou. Parce qu’en sentant Mixed Emotions de Byredo, non je ne sens pas « la complexité d’un paysage émotionnel collectif » (ça n’a pas de sens) mais plutôt un parfum raté avec du cassis un peu verdâtre, c’est dommage. De l’autre côté, Black Orchid de Tom Ford, parfum d’une grande maison de couture, est un parfum très travaillé et « multi-facettes ». Et pourtant derrière, pas de paragraphe pseudo-littéraire ; Tom Ford se contente d’une description des notes présentes et ce qu’elles pourraient toutes représenter en commun. Je dois néanmoins avouer qu’il faut forcément se dire qu’il y a du marketing et que la maison force un peu sur les notes, parce que ça doit se vendre, ça paraît logique avec un parfum qui a comme destination le grand S, puis l’étagère du consommateur.
Mais donc ce que je trouve foncièrement mauvais est de faire un récit à partir d’un néant lorsque c’est plus simple parce que derrière il faut assumer que le parfum n’est pas si osé que cela et est restreint, puis surtout où est la senteur dans tout ça ? Il est bien évidemment à vous de juger si c’est une passion ou une soif d’argent derrière tel ou tel parfum.
Le vrai problème de la parfumerie de niche d’aujourd’hui c’est que l’on se détache de la passion pour se conformer à un système qui fait du bruit, qui est « commercialisant » de ce qui devait être à la base l’expression artistique d’un nez et de son imaginaire en quelque sorte « poétique ».
Je crois néanmoins que c’est un phénomène qui se résoudra tôt ou tard, on manque de réel et d’authentique, d’innovation…
La parfumerie de niche s’est finalement alignée à son opposé, en devenant tout simplement un marché en surchauffe, avec des flankers à tout-va où l’on met une note en plus et l’on se réjouit car ça va se vendre, où on nous vend des produits qui semblent être des prototypes. Et dans tout cela, cerise sur le gâteau, on analyse ce qui plaît ou ce qui pourrait plaire au public, alors que la parfumerie de niche est censée oser, et être audacieuse, elle devrait construire son propre chemin.